Retour sur nos 4 jours d'expédition entre la Bolivie (Uyuni) et le Chili. Malgré un départ adapté suite à la crise du carburant et des nuits glaciales jusqu'à -15 °C, nous avons été éblouis par des paysages grandioses : l'immensité du désert de sel, les cactus géants, les lagunes colorées et les geysers fumants. Une aventure intense mais absolument inoubliable !
Pour terminer en beauté notre mois en Bolivie, et après notre étape à Potosí, nous sommes arrivés le soir à Uyuni en bus. Le trajet nous a coûté seulement 51 Bolivianos par personne (soit environ 3,88 €) en passant par la compagnie Diana Tours.
Sur place, nous avons rejoint un groupe de 4 Français pour une excursion de 4 jours dans le Salar d'Uyuni et le Sud Lípez. Initialement, nous voulions partir de Tupiza pour terminer notre boucle en apothéose par l'immensité du désert de sel. Hélas, d'importants problèmes d'approvisionnement en carburant dans le pays nous ont contraints à modifier nos plans : notre guide nous a logiquement proposé un départ depuis Uyuni. Un mal pour un bien, car cette aventure reste l'un des moments forts de notre voyage !


💡 Point Culture : Comprendre la crise bolivienne et ses enjeux
Avant de plonger dans notre itinéraire, un petit point de contexte s'impose. Quand on voyage en Bolivie, on est souvent frappé par le contraste saisissant entre la richesse incroyable des paysages et les défis socio-économiques du pays (qui fait d'ailleurs exactement deux fois la taille de la France métropolitaine pour seulement 12 millions d'habitants !).
Un tournant politique historique
Depuis fin 2025, la Bolivie est dirigée par le président Rodrigo Paz Pereira. Son élection a marqué la fin de près de vingt ans de pouvoir presque ininterrompu du MAS (le parti d'Evo Morales et de Luis Arce). Le nouveau gouvernement a hérité d'un pays au bord de l'asphyxie financière, nécessitant des réformes impopulaires.
Les racines de la crise économique
Pourquoi la Bolivie, qui regorge de ressources, est-elle considérée comme pauvre ?
L'enclavement : Depuis la perte de son accès à la mer à la fin du XIXe siècle, le pays paie très cher ses importations et exportations.
L'économie souterraine : Près de 80 % de l'économie est informelle, privant l'État de rentrées fiscales cruciales pour développer les infrastructures.
La dépendance (extractivisme) et le manque de dollars : Le pays a longtemps vécu de l'exportation brute de ses ressources (gaz, minerais). Avec la baisse des réserves, l'État manque cruellement de dollars (devises étrangères) pour payer ses importations, notamment le carburant.
Le piège des subventions : L'essence est fortement subventionnée pour rester très bon marché pour les locaux. Sans dollars pour acheter le carburant à l'étranger, les stations-service se retrouvent à sec.
L'état d'urgence de mai et notre (grande) chance
C'est la tentative du nouveau gouvernement de réduire ces subventions sur le carburant qui a mis le feu aux poudres en mai dernier. Le pays a été totalement paralysé par d'immenses barrages routiers, forçant le président à déclarer l'état d'urgence pour faire intervenir l'armée. Mais rassurez-vous : contrairement à ce mois de mai chaotique, la circulation était totalement rétablie lors de notre passage et nous n'avons été bloqués nulle part durant tout notre séjour !
Quelles solutions pour l'avenir ?
Le grand espoir de la Bolivie se trouve... sous le Salar d'Uyuni ! Ce désert de sel abrite l'une des plus grandes réserves mondiales de lithium (l'or blanc indispensable aux batteries). Le défi actuel est de réussir à attirer des investissements pour ne plus seulement exporter la matière première brute, mais fabriquer des batteries sur place. Le pays tente aussi de stabiliser son économie par un "traitement choc" et de diversifier ses revenus grâce à l'agriculture et au tourisme.
Budget, Organisation et Infos pratiques
Nous avons opté pour un guide privé (David), une solution souvent plus économique et flexible qu'une excursion classique en agence. N'hésitez pas à le contacter via WhatsApp au +591 74 098 936, il a été top ! Le prix varie selon la taille de votre groupe (taux de conversion indicatif : 1 boliviano = 0,076 euros).
Les tarifs de notre guide pour 4 jours / 3 nuits :
2 personnes : 5 300 Bs par personne (environ 402,80 €)
3 personnes : 3 900 Bs par personne (environ 296,40 €)
4 personnes : 2 700 Bs par personne (environ 205,20 €)
5 personnes : 2 400 Bs par personne (environ 182,40 €)
6 personnes : 2 100 Bs par personne, ce que nous avons payé (environ 159,60 €)
Frais supplémentaires et petites dépenses :
Entrées : Prévoyez 150 Bs (environ 11,40 €) pour l'entrée dans le parc national, 30 Bs (environ 2,28 €) pour l'île d'Incahuasi, et 30 Bs (environ 2,28 €) pour les eaux thermales.
Toilettes : Prévoyez toujours de la petite monnaie sur vous pour les toilettes tout au long du trajet, il faut compter 5 Bolivianos à chaque passage.
Ce qu'il faut emporter (ou ne pas emporter !) :
Pas besoin de vous surcharger en bouteilles d'eau ou en encas : avec David, l'eau et les snacks sont inclus ! En revanche, deux choses indispensables à mettre dans votre sac : votre propre papier toilette (il y en a rarement) et une serviette de bain pour les soirs où vous aurez la chance de trouver une douche chaude.
Notre conseil : Pour réduire les frais et compléter votre groupe à 6 personnes, publiez un message avec vos dates sur le groupe Facebook "Les Français en Bolivie".
Le trajet : Nous souhaitions un circuit qui nous dépose directement à San Pedro de Atacama (Chili). Si vous souhaitez rester en Bolivie, il est tout à fait possible de faire une boucle et de revenir à Uyuni.
L'itinéraire jour par jour et nos découvertes
Jour 1 : L'immensité blanche du Salar et l'île aux cactus
La journée commence par un arrêt au fascinant cimetière de trains. Construit à la fin du XIXe siècle par des ingénieurs britanniques, Uyuni était un carrefour ferroviaire majeur pour transporter les minerais (argent, étain) vers le Pacifique. Avec l'effondrement de l'industrie minière dans les années 1940, les trains ont été abandonnés aux vents glaciaux du désert.










Nous entrons ensuite dans le Salar d'Uyuni. Avec ses 10 000 km², c'est le plus grand désert de sel au monde, formé il y a environ 40 000 ans suite à l'assèchement des gigantesques lacs préhistoriques Minchin et Tauca. Quand y aller ? L'idéal est de s'y rendre de mai à novembre pour profiter d'un ciel dégagé, ou de décembre à avril pour observer le fameux effet miroir des pluies (bien que certaines zones soient inaccessibles).





Sur cette étendue d'un blanc immaculé, la perte de repères visuels est totale. La tradition veut qu’on s’amuse avec les perspectives ! Nous avons tenté des mises en scène improbables avec toutes sortes d'objets : ce n'était pas toujours très réussi du premier coup, mais cela reste très amusant !










L'après-midi, nous avons exploré la fameuse île d'Incahuasi. Cette colline perdue au milieu de l'océan de sel est en réalité le sommet d'un ancien volcan, autrefois submergé par les lacs préhistoriques (les roches calcaires et les coraux fossilisés que l'on y observe en témoignent). L'île est recouverte de centaines de cactus géants centenaires. Il faut savoir que ces végétaux ont une croissance incroyablement lente : ils ne grandissent que d'environ 1 centimètre par an ! La montée offre un panorama à 360°, mais préparez-vous, le vent souffle extrêmement fort au sommet. La journée s'est ensuite achevée par un magnifique apéro au coucher du soleil en plein désert.











Notre nuit (Hostal Don Carlos) : Une superbe surprise ! Notre groupe de 6 était totalement seul dans l'hôtel. Nous avons dormi dans une chambre faite de blocs de sel. Le lit double était très confortable, l'eau chaude au rendez-vous, et l'isolation si bonne que nous avons pu dormir en tee-shirt.


Jour 2 : Formations géologiques et "Ciudad Perdida"
Petit changement sur le programme initial : nous sommes passés par Julaca mais nous n'avons pas eu la fameuse dégustation de bière artisanale prévue ! Nous traversons ensuite le canyon de Zora, croisons de quelques lamas, et découvrons la vallée des roches.












L'un des arrêts les plus marquants est la "Ciudad Perdida" (ou Italia Perdida). Cet ensemble de rochers aux formes extravagantes porte ce nom car la légende raconte qu'un touriste italien s'y est perdu dans les années 90, errant dans ce labyrinthe géologique !
Notre nuit (Villa Mar) : L'hôtel était calme, nous le partagions avec seulement deux autres personnes hors du groupe. Il y avait deux chambres pour notre groupe : une de 4 lits et une de 3 lits. Nous avons pris le dortoir de 4 pour y dormir avec nos amis québécois Anabelle et Frédéric, et avons laissé la chambre double à l'autre couple, Pauline et Allan. Nous avions une salle de bain par chambre, mais l'eau chaude s'est faite très discrète.


Jour 3 : Volcans, lagunes colorées et geysers
La journée la plus intense. Un vent glacial soufflant à 80 km/h nous a accompagnés. Nous avons longé la cordillère et ses volcans, avec un superbe mirador sur le volcan Ollagüe. Culminant à 5 868 mètres, il est en semi-activité : on peut d'ailleurs apercevoir une fumerolle s'échapper en permanence de son flanc. Sa dernière éruption magmatique remonterait au Pléistocène, c'est-à-dire l'époque géologique qui s'étend de 2,5 millions d'années à environ 11 700 ans avant notre ère (l'ère des grandes glaciations !).


Nous avons enchaîné avec la route des lagunes (Cañapa, Hedionda, Honda). Leurs teintes éclatantes (rouge, vert, blanc) sont créées par des réactions chimiques entre les minéraux, le vent et des micro-organismes. La spectaculaire Laguna Colorada est rouge vif grâce à une algue spécifique (Dunaliella salina). C'est ici que nous avons observé de près les trois espèces de flamants roses (le flamant de James avec son bec jaune, le flamant des Andes avec ses ailes noires, et le flamant du Chili).
Mais pourquoi sont-ils roses ? C'est tout simplement grâce à leur alimentation ! En filtrant l'eau des lagunes, ils se nourrissent de micro-organismes et de cette fameuse algue microscopique riche en carotène (le même pigment qui colore les carottes). Sans cette alimentation spécifique, leurs plumes seraient blanches ou grises !
On doit quand même avouer une petite pointe de déception : nous avons trouvé que les lacs manquaient d'eau, ce qui rendait les paysages un peu moins impressionnants que ce que l'on avait pu voir sur les photos.






En fin de journée, nous avons atteint les geysers de Sol de Mañana. Le magma, très proche de la surface, chauffe l'eau souterraine qui remonte sous pression par des fissures, créant d'impressionnantes fumerolles brûlantes et des marmites de boue... Et préparez vos narines, ça sent très fort le soufre (l'œuf pourri bien caractéristique) !




Notre nuit (Polques) : À 5 000 m d'altitude, le mercure est descendu à -15 °C. L'hébergement n'avait aucune isolation ni chauffage. Il n'y avait pas de salle de bain. Impossible de dormir chacun dans notre petit lit : tout comme Anabelle et Frédéric, nous avons fusionné à deux dans un lit simple pour nous réchauffer. Notre pyjama : nos grosses polaires de La Paz, doudoune, bonnet, moufles et chaussettes !
Note sur les thermes : Lorsque le ciel est dégagé, la nuit à cette altitude offre un spectacle magique et il est possible d'observer un ciel étoilé incroyable depuis les thermes. Mais vu le froid glacial et la faible probabilité de voir les étoiles, nous avons préféré nous baigner dans les sources chaudes avant le repas.


Jour 4 : Désert de Dalí et passage au Chili

Dernière matinée à travers le surréaliste désert Salvador Dalí, puis arrêt aux Laguna Blanca (blanche grâce au borax) et Laguna Verde (vert émeraude en raison du magnésium, calcium et arsenic), au pied du volcan Licancabur.



Le passage de la frontière : Très simple. Tampon de sortie bolivien, formulaire d'entrée chilien rempli la veille en ligne, tampon chilien, puis un contrôle sanitaire de nos petits sacs à dos pour s'assurer que nous n'introduisions aucune nourriture fraîche.


Les repas : Un vrai réconfort
Si le froid a été mordant sur la fin, nos estomacs ont été particulièrement choyés. La femme de David, notre guide, avait tout préparé en amont avec soin.
Le midi : Légumes façon tian, saucisse de chorizo, poulet, crudités, pommes de terre, riz et quinoa.
Le soir : Une soupe brûlante, suivie de plats consistants (boulettes de viande et purée, ou d'excellentes lasagnes). Le clou du spectacle pour notre dernière soirée glaciale : le fameux Pique Macho, un plat typique très copieux et réconfortant composé de morceaux de saucisse, de bœuf, de frites, de poivrons et d'un œuf dur.
Les collations : Sucettes, gâteaux apéro, jus de fruit, et un thé chaud avec des biscuits à chaque arrivée pour nous réchauffer.






Malgré le froid intense et les nuits rudes, ces paysages absolument magnifiques offrent un spectacle tellement grandiose qu'il nous a fait oublier, l'espace d'un instant, nos orteils gelés ! Nous voici maintenant au Chili pour la suite de l’aventure.
Le Salar d'Uyuni fait-il partie de votre bucket list pour un prochain voyage ? Si vous avez déjà eu la chance d'explorer ce désert de sel, avez-vous réussi vos photos en trompe-l'œil ? Avez-vous aussi survécu à ces fameuses nuits à -15 °C ?
Partagez vos propres anecdotes ou posez-nous vos questions dans les commentaires ci-dessous, on a hâte de vous lire et de vous répondre !
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