Caraz constitue une alternative idéale et authentique à Huaraz pour s'acclimater en douceur dans la Cordillère Blanche. Loin du tourisme de masse, la ville séduit par son ambiance paisible, son marché traditionnel et son architecture préservée. C'est le camp de base parfait pour explorer la spectaculaire Laguna Parón à 4 200 mètres d'altitude ou s'élancer à vélo dans le mythique Cañón del Pato et ses 35 tunnels. Une étape andine incontournable et hors des sentiers battus.
Après notre passage à Trujillo, il était temps pour nous de prendre de la hauteur et de nous enfoncer dans les mythiques Andes péruviennes. Mais contrairement à la grande majorité des voyageurs qui foncent tête baissée vers Huaraz, nous avons fait un choix un peu différent pour cette étape : poser nos sacs à Caraz. On vous raconte ces quelques jours riches en couleurs, en péripéties et en paysages grandioses !
Le trajet depuis Trujillo : Le meilleur bus depuis le début de notre voyage !
Nous avons pris un bus de nuit au départ de Trujillo à 21h45, pour une arrivée à Caraz vers 8h30. Nous avons voyagé avec la compagnie All in bus et avons payé 75 soles (environ 19,25 €) par personne.
On préfère vous le dire tout de suite : c'est de loin le meilleur bus que nous ayons pris depuis le début de notre voyage! Imaginez un peu : des sièges qui s'inclinent presque à l'horizontale, un confort absolu, une fonction siège massant (oui, oui !), des écrans individuels, et même des boissons et gâteaux offerts. Une nuit de sommeil réparatrice avant d'attaquer la montagne.

Dès notre arrivée, nous sommes allés directement acheter nos billets pour la suite de notre voyage. On a tellement aimé l'expérience, que nous avons repris des places avec la même compagnie pour notre futur bus de nuit en direction de Lima.
Pourquoi avoir choisi Caraz plutôt que Huaraz ?
C’est la grande question ! La majorité des touristes qui viennent explorer la Cordillère Blanche s'installent à Huaraz. Alors, pourquoi Caraz ?
Tout d'abord pour l'altitude et l'acclimatation. Caraz est située à un peu moins de 2 300 mètres d'altitude, contre plus de 3 000 mètres pour Huaraz. C'est un excellent palier pour habituer son corps en douceur et éviter le mal des montagnes (le soroche).
Ensuite, pour l'authenticité et le calme dictés par la taille de la ville. Huaraz est une très grande agglomération effervescente qui compte plus de 118 000 habitants dans son aire urbaine. À l'inverse, Caraz a su garder une âme beaucoup plus paisible et à taille humaine, avec environ 18 000 habitants au cœur de la ville, et à peine 26 000 sur l'ensemble du district. C'est une ville qui vit pour ses habitants et non pour le tourisme de masse, ce qui explique totalement cette agréable impression de "petit village" que nous avons ressentie en flânant sur la Plaza de Armas !
Enfin, le climat y est réputé plus doux, et surtout, c'est le point de chute le plus proche pour accéder à l'une des merveilles de la région : la Laguna Parón.
Un petit point d'histoire sur la ville
Caraz n'est pas qu'un point de départ pour les treks, c'est aussi une ville avec une histoire forte. Fondée par les Espagnols, elle possède une particularité tragique mais miraculeuse. En 1970, un séisme dévastateur a frappé la région d'Ancash, détruisant presque intégralement les villes voisines de Huaraz et Yungay. Caraz, protégée par la topographie de la vallée, a été l'une des rares villes à conserver son architecture coloniale et ses bâtiments intacts.
Les Péruviens la surnomment affectueusement "Caraz Dulzura" (Caraz la Douceur). Ce surnom lui vient de son climat clément, mais aussi de ses excellentes pâtisseries, confiseries... et de ses glaces ! Car oui, Caraz est extrêmement réputée dans tout le Pérou pour ses glaces artisanales (helados de Caraz), fabriquées à partir du lait frais des vaches de la région et de fruits locaux. Un arrêt obligatoire pour les gourmands !
Notre camp de base : Menacho's house
À la descente du bus, direction notre logement : la Menacho's house. Nous avons payé 165 soles (environ 42,35 €) pour 3 nuits.
C'est une très grande et belle maison, agencée sur plusieurs niveaux :
Au premier niveau : Plusieurs chambres avec salles de bain privatives, un bel espace salon avec TV et une salle à manger.
Au deuxième niveau : Une grande terrasse superbement aménagée avec une cuisine à disposition, une machine à laver, des coins salons et des tables pour manger.
Tout en haut : Une dernière terrasse pour profiter de la vue.
Notre chambre est vraiment grande, avec beaucoup de rangements, un grand dressing et une salle de bain très récente. Un vrai petit cocon !








Découverte de la ville : Place des armes, marché et vie locale
On déambule dans les rues animées jusqu'à arriver sur la fameuse Plaza de Armas. C'est une très jolie place avec son église, ses restaurants tout autour, ses palmiers, ses fleurs, son kiosque central et sa haute fontaine.



Les tenues traditionnelles : Un festival de couleurs
On arrive ensuite au marché, et immédiatement, Audrey tombe sous le charme des tenues des femmes locales. Elles portent souvent des polleras (des jupes amples et superposées) associées à de grands chapeaux andins. Les couleurs vives, et particulièrement un rose éclatant, sont très typiques de cette région spécifique de la Cordillère Blanche.

Hommes au volant, femmes au marché
À l'intérieur du marché, l'ambiance est incroyable : des poulets partout, des cochons pendus, et une quantité impressionnante de fruits et légumes. Une chose nous saute aux yeux : on ne voit que des femmes vendre au marché, tandis que tous les hommes sont dehors à conduire les tuk-tuks. Traditionnellement dans les Andes, ce sont les femmes qui gèrent l'économie familiale, négocient et vendent sur les marchés, tandis que les hommes s'orientent vers le transport ou les travaux agricoles lourds.
Excursion 1 : L'ascension vers la sublime Laguna Parón
Départ le matin à 7h30 pour une excursion en colectivo, organisée de main de maître par Dina, qui coordonne les auberges pour rassembler du monde. Le prix est dégressif selon le nombre de participants : à 7 personnes, on a payé 30 soles (soit environ 7,69 €) par personne. Préparez-vous mentalement pour le trajet : on est bien serrés et secoués pendant 1h30 sur un chemin de terre rempli de cailloux !
D'ailleurs, c'est là qu'on se félicite vraiment d'avoir choisi de dormir ici : depuis Caraz, le trajet en colectivo ne prend qu'1h30. À titre de comparaison, la grande majorité des touristes qui partent de Huaraz s'infligent entre 3h et 3h30 de route aller, soit quasiment 7 heures de transport dans la journée. Un gain de temps et d'énergie énorme pour nous !
Le colectivo nous dépose en bas. Comme nous sommes les premiers arrivés sur place, on décide de démarrer directement la montée jusqu'au mirador (environ 45 minutes d'effort, contre 2 heures de marche plate si on longe simplement le lac). On prend notre temps pour grimper car ça monte bien ! L'ascension se corse avec une longue portion de gros cailloux parfois bien glissants.



À l'arrivée, l'émerveillement est total. Un vieux panneau en bois nous donne le vertige avec ses chiffres : nous sommes à 4 200 mètres d'altitude. Le lac est immense, avec 3 190 mètres de long, 75 mètres de profondeur, pour une superficie de 1 480 489 m² ! Nous sommes entourés par des géants de glace (Nevado Huandoy, Pisco, Pirámide...). Ce lac glaciaire turquoise s'est formé naturellement, retenu par une gigantesque moraine.

Une fois redescendus, on longe la rive où des barques bleues sont amarrées. On s'arrête devant la lagune pour boire un maté de coca. C'est là qu'Audrey discute avec Gracia, la jeune fille de 13 ans qui nous sert. Elle est la petite dernière d'une famille de 6 enfants qui vit ici, à l'année. Une rencontre authentique et touchante. Nous profitons du cadre si paisible pour faire une pause lecture.


Faux départ : La douche froide et la momie fermée
Le lendemain, Audrey se lève de bonne humeur avec son short cycliste, prête pour la sortie à vélo. Mais au moment de la douche : plus d'eau chaude ! Dina nous annonce que nous avons (enfin, Audrey a...) utilisé trop d'eau chaude et fait griller la pomme de douche électrique ! 😬
On change de chambre, on lance une lessive et on se rend chez le loueur de vélos. Douche froide (encore) : il est impossible de partir à cause de travaux sur la route. Il faudra revenir demain ! On tente alors le musée municipal de la ville pour espérer voir son attraction la plus insolite : il abrite une collection de vestiges pré-incas, dont l'une des plus petites momies du monde (une toute petite momie d'enfant retrouvée dans la région). Manque de chance : la porte est close. Eh oui, erreur classique de voyageur : on est lundi, et c'est le jour de fermeture du musée !

On décide de se consoler en allant sur le site archéologique de Tumshukaiko en fin de journée. Situé à peine à un kilomètre de la ville, ce complexe monumental est l'un des plus vieux temples des Andes, remontant à l'époque pré-céramique (il y a plus de 5 000 ans !). Bâti avec d'immenses murs de pierre et des terrasses cérémonielles dédiées autrefois aux montagnes sacrées, il offre une vue vraiment panoramique sur toute la vallée. Bon, il y a beaucoup de vent (des cheveux plein le visage !) et toujours quelques chiens de rue à esquiver en chemin, mais le coup d'œil vaut le détour.






En quête d'un endroit pour nous détendre, nous tombons par hasard sur une boutique proposant des dégustations de vin. Bonne surprise : c'est entièrement gratuit ! Une occasion parfaite pour découvrir la spécialité locale : le Morandina. C'est un vin assez surprenant et bien différent de ce que nous connaissons, puisqu'il n'est pas élaboré à partir de raisin, mais à partir de baies (berries : myrtilles, mûres, framboises, etc.) cultivées directement dans les montagnes andines. Le résultat donne un vin rouge très sucré et incroyablement fruité, une belle découverte qui change de nos habitudes !


Excursion 2 : Le mythique Cañón del Pato à vélo (et la course contre la montre !)
Cette fois, c'est la bonne ! On se rend chez Moto Rent Huascaran à Caraz. La location de vélo nous coûte 50 soles par personne pour la journée (environ 12,80 €). On nous équipe comme des pros : gilets jaunes, lampe frontale, casque et kit de réparation.

Au moment de récupérer le matériel, nos échanges avec le gérant sont plutôt perplexes : nous pensions pouvoir faire cette sortie tranquillement, sans contraintes horaires le matin. Il nous explique pourtant qu'à cause de travaux, nous devons impérativement atteindre le point de contrôle situé au kilomètre 25 entre 10h et 10h30. Passé ce délai, la route ferme jusqu'à midi. Le souci ? Il est déjà 10h lorsque nous commençons à pédaler pour effectuer ces 40 kilomètres au total !
Bref, on y va. Le gérant nous escorte même en moto jusqu'à la bonne route. Au début, ça monte légèrement et on ne sait pas trop si on avance assez vite. Le chemin est chaotique, semé de cailloux, de trous, de bosses et de terre. Résultat des courses : on arrive au point de contrôle à 11h30. L'accès est fermé. Raté ! Heureusement, l'attente passe vite. On fait la connaissance de Christophe et Elisa, deux Français avec qui on discute jusqu'à l'ouverture.
À 12h00, la route est de nouveau accessible et c'est parti ! On attaque enfin la célèbre descente à travers le Cañón del Pato.



Pourquoi ce trajet est-il aussi mythique et recommandé pour les cyclistes et les motards ?
Tout simplement parce qu'il offre l'une des expériences de glisse et de road-trip les plus spectaculaires des Andes. Le canyon est une gorge extrêmement étroite et profonde creusée par le Río Santa, où la Cordillera Blanca et la Cordillera Negraviennent se frôler de manière vertigineuse. Le parcours est mondialement connu pour enchaîner la traversée de 35 tunnels sombres creusés directement à même la roche, le tout sur une piste suspendue au-dessus du vide, rythmée par des cascades et des panoramas grandioses. À partir du point de contrôle, le profil est quasiment entièrement en descente : c'est un véritable régal, à condition d'avoir de bons freins et la frontale vissée sur le casque !
On finit par arriver au village de Huallanca, le terminus du parcours. Cinq minutes plus tard, on grimpe dans un colectivoavec nos vélos solidement attachés sur le toit, direction Caraz. Le trajet retour coûte 15 soles par personne (environ 3,85 €). Évidemment, nous sommes encore arrêtés en chemin par les travaux, et nous atteignons enfin Caraz vers 16h00.
Le (vrai) départ pour Lima
Après cette aventure sportive, on est fatigués. On décide de se reposer et de prolonger notre séjour d'une nuit supplémentaire avant de prendre la route pour Lima.
Le lendemain, on plie bagage pour de bon. Direction le terminal pour notre bus de nuit avec la compagnie All in Bus, où nous avons payé cette fois-ci 50 soles par personne (environ 12,80 €). On dit au revoir à nos montagnes... Lima, nous voilà !
🍽️ Où manger à Caraz ? Nos bonnes adresses (et nos surprises culinaires !)
Entre deux excursions, il a bien fallu se ravitailler. Voici un récapitulatif de nos haltes gourmandes dans la ville :
Sur le pouce au marché : L'occasion de s'acheter de délicieuses cachangas (grandes galettes de pâte de blé frite, très fines et croustillantes) pour seulement 2 soles (environ 0,50 €) les deux.

Luchita 2 : Situé juste à côté de notre hébergement, c'est l'endroit parfait pour tester le "menu économique" à 12 soles par personne (environ 3,10 €) comprenant entrée, plat, boisson et le fameux dessert un peu spécial (une gelée à l'orange !).

Restaurant D' Marcos : C'est là que nous avons pris une formule de menu du jour (comprenant une soupe suivie d'un poisson pour Audrey, et de poulet-frites pour Gilles). Sauf qu'après les soupes, la gérante est revenue penaude pour nous annoncer qu'il n'y avait plus de poulet ! La seule alternative proposée était le fameux Picante de Cuy (le cochon d'Inde local en sauce). Pas très emballé par cette option, Gilles a préféré s'abstenir, et nous en avons eu pour 18 soles pour deux (environ 4,60 €) au total.

El Café de Bolívar : Idéal pour un repas simple sur le pouce le soir, où Gilles a opté pour des salchipapas (frites et saucisses), accompagnés d'un maté de coca, pour 25 soles pour deux (environ 6,40 €).

Pizzeria Bon Tomato : Un véritable coup de cœur ! L'endroit est très propre, sans chiens errants, et possède un vrai four à pizza. On y a commandé une pizza familiale (partagée en deux moitiés différentes pour satisfaire les gros appétits !) avec boissons pour 42 soles (environ 10,75 €). On y est même retournés deux fois !


Restaurant japonais DIRIZO : Une belle et savoureuse surprise en ville pour un repas de fin de séjour à 44 soles pour nous deux (environ 11,30 €).


💡 Les autres pépites de Caraz : Treks et randonnées (ceux qu'on a ratés !)
Si notre programme bien chargé nous a déjà offert de sacrés souvenirs, il faut savoir que Caraz est le véritable paradis des randonneurs et le point de départ de quelques-uns des plus beaux treks de la Cordillère Blanche. Si vous avez plus de temps (ou plus d'énergie !) que nous, voici les incontournables à ne pas manquer dans les environs :
Le mythique Trek de Santa Cruz (3 à 4 jours) : Considéré à juste titre comme l'un des plus beaux treks au monde, il traverse des paysages andins spectaculaires entre lagunes turquoise, canyons et sommets enneigés. La grande majorité des randonneurs l'effectue en sens inverse (de Vaqueria vers Cashapampa), mais partir de Cashapampa — situé à seulement quelques kilomètres de Caraz — permet de l'attaquer directement en montant vers la superbe vallée de Quebrada Santa Cruz.
La célèbre Laguna 69 : Tout le monde ou presque vous dira de la faire depuis Huaraz, mais sachez qu'il est tout à fait possible de l'organiser depuis Caraz. C'est la randonnée reine de la région, célèbre pour son lac d'un bleu fluo irréel niché sous les parois glaciaires. Prévoyez tout de même une bonne condition physique, car le sentier grimpe sec jusqu'à environ 4 600 mètres d'altitude.
La Laguna 513 : Tout comme Andrés nous l'a confirmé, cette randonnée est une superbe alternative un peu plus sauvage et sportive, offrant un décor grandiose sous le glacier du Nevado Hualcán. Pour cette randonnée, il faut compter en moyenne 5 à 7 heures de marche au total (aller-retour), selon le rythme et la condition physique. C'est une randonnée considérée comme modérée à exigeante, qui demande d'être déjà bien acclimaté à l'altitude en raison des efforts continus.
La Laguna Miramar ou la Laguna Hualcán : Si vous cherchez à fuir la foule et à sortir totalement des sentiers battus, ce sont des options parfaites. Ces lacs glaciaires d'altitude, moins médiatisés, offrent un calme absolu et des panoramas tout aussi époustouflants sur la cordillère.
Alors, prêts à poser vos sacs à Caraz pour fuir la foule de Huaraz et goûter à l'authenticité des Andes ? Auriez-vous tenté l'expérience des 40 kilomètres de descente à vélo à travers les tunnels du Cañón del Pato, ou vous seriez-vous sagement contentés de la marche ?
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Commentaires (2)
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Lecomte Isabelle
Merci beaucoup pour ce beau récit de votre séjour à CARAZ, ces très belles photos 😍
Lecomte Stéphane
Un super article, j'ai hâte de lire la suite, non je préférerais faire la rando que les 40km de descente
