Amantaní : Notre immersion en famille sur le lac Titicaca
Récit d'AventurePérou

Amantaní : Notre immersion en famille sur le lac Titicaca

•⏱️ 10 min de lecture

Après notre passage dans le spectaculaire Cañón del Colca, il était temps pour nous de recharger les batteries avec une nuit de repos à Arequipa. C'est donc depuis cette jolie ville blanche que notre nouvel itinéraire commence. Contrairement à la grande majorité des voyageurs qui font l'aller-retour au lac Titicaca sur une seule journée, nous avons fait un choix différent pour cette étape : séjourner 4 jours et 3 nuits sur l'île d'Amantaní. Nous avions hâte de vivre cette immersion, promesse de rencontres riches, de dénivelé et de paysages grandioses.

Le trajet depuis Arequipa : Cap sur Puno

Nous avons pris un bus au départ d'Arequipa avec la compagnie Zolorzano. Nous avons payé 25 soles (environ 6,25 €) par personne. Il fallait nous y préparer : c'était parti pour un trajet d'une durée de 7 heures. Heureusement, les paysages andins défilent et le jeu en vaut la chandelle pour atteindre les rives du lac.

Bus compagnie Zolorzano

Notre étape de transition : Mada Guest House

À la descente du bus, nous nous sommes dirigés vers notre logement pour la nuit : le Mada Guest House. Nous avons payé 62 soles (environ 15,50 €) la nuit. Une halte absolument parfaite pour nous acclimater en douceur, d'autant plus que le petit déjeuner était compris. Le véritable atout de cette adresse résidait dans ses équipements : notre chambre disposait d'un chauffage et d'un sèche-cheveux. Un confort inestimable lorsque l'on connaît les températures glaciales des nuits dans la région.

En route vers l'île : Colectivo, Tuk-tuk et Bateau

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, les choses sérieuses commencent. Nous prenons un premier colectivo au terminal Puno-Capachica, jusqu'au village de Capachica. Le trajet nous a coûté 8 soles (environ 2,00 €) par personne.

Ensuite, il faut rejoindre la plage et le port de Capachica depuis le centre-ville. Deux options s'offraient alors à nous : nous y rendre à pied (il faut compter environ 20 à 30 minutes de marche) ou utiliser un tuk-tuk. Nous avons opté pour le tuk-tuk pour 6 soles pour nous deux (soit environ 1,50 €).

Dernier transport de la journée : un bateau collectif en direction d'Amantaní pour 15 soles par personne (environ 3,75 €). L'excitation monte en voyant l'île se rapprocher doucement sur cette immense étendue d'eau bleue, perchée à 3 812 mètres d'altitude.

L'arrivée sur l'île et notre camp de base : Chez Orlando et Monica

Une fois arrivés sur l'île, Orlando nous attendait au port avec sa moto sur laquelle nous avons pu accrocher nos sacs. Petite précision logistique : une seule personne pouvait monter avec lui. Pour l'autre, il fallait s'armer de courage : nous comptions 50 minutes de marche pour atteindre la maison, avec un dénivelé important. Il est cependant tout à fait possible, pour ceux qui préfèrent éviter cette ascension, de payer une moto supplémentaire.

Une fois arrivés, Orlando nous a chaleureusement accueillis dans sa maison avec sa femme Monica. L'émerveillement fut immédiat. Nous occupions la plus belle chambre de la maison, offrant une vue époustouflante grâce à deux pans de mur vitrés donnant directement sur le lac Titicaca.

Le prix est de 90 soles (environ 22,50 €) par personne et par nuit. Il est important de préciser que ce tarif est un véritable "tout compris" : il englobe la chambre, tous les repas cuisinés par Monica, ainsi que les activités. De ce fait, nous n'avons eu absolument aucune dépense supplémentaire sur place.

💡 Combien de temps y séjourner ?

Nous avions fait le choix de rester 3 nuits sur place pour prendre le temps de déconnecter. Avec le recul, bien que le cadre soit idyllique, deux nuits nous semblent amplement suffisantes pour explorer l'île. C'est d'ailleurs le format que nos amis Julien et Solène ont choisi.

Jour 1 : Rencontres, déconnexion et orages andins

Lors de notre arrivée chez Orlando et Monica, nous sommes immédiatement passés à table pour le repas du midi. Nous avons partagé ce premier déjeuner avec une famille de Québécois : le moment idéal pour échanger nos recommandations respectives sur nos itinéraires, notamment sur nos expériences entre le Pérou et la Bolivie.

L'après-midi, le programme était libre. Orlando nous a rassurés en nous expliquant que nous avions tout notre temps. Il n'y a pas d'internet ici : une déconnexion totale qui tombe à pic pour lire et se reposer. Le ciel s'est ensuite assombri et des orages accompagnés de pluie se sont abattus sur le lac Titicaca. Après le dîner et quelques échanges autour de la table, nous sommes allés nous coucher tôt.

Jour 2 : L'art du ceviche et l'ascension sacrée de Pachatata

Le lendemain matin, nous partons nous promener du côté du Lodge Amantani (reconnaissable à ses couleurs bleu et blanc). Nous rentrons à temps pour participer à la préparation du repas du midi : un ceviche, devenu notre spécialité depuis notre arrivée au Pérou.

Néanmoins, préparer un tel plat pour au moins 12 personnes demande beaucoup de temps. La tâche la plus fastidieuse a consisté à retirer minutieusement les arêtes de deux énormes truites fraîchement rapportées. Nos amis Solène et Julien sont arrivés sur l'île pile à l'heure pour déguster ce festin.

L'après-midi, Monica nous a initiés à l'artisanat local en nous montrant comment confectionner des bracelets traditionnels. Lors de nos promenades, nous avions remarqué de nombreuses femmes vendant des articles tricotés ou tissés. Monica nous a expliqué que ce savoir-faire est un héritage culturel essentiel, transmis de mère en fille, permettant aux familles de générer des revenus grâce au tourisme. La technique de tissage nous a d'ailleurs surpris : il faut utiliser son gros orteil pour tendre et tirer les fils !

L'ascension mystique vers Pachatata et l'acclimatation

Vers 16h, accompagnés par Orlando, nous avons entrepris l'ascension du temple Pachatata. Situé à environ 4 115 mètres d'altitude, c'est l'un des deux sommets sacrés de l'île.

Temple Pachatata

Grâce à notre précédent séjour dans le Cañón del Colca, nous étions déjà très bien acclimatés. Nous n'avons donc ressenti aucun symptôme du fameux Soroche  (le mal des montagnes), même en dormant à plus de 3 800 mètres et en grimpant à plus de 4 100 mètres. Pour les voyageurs qui y seraient plus sensibles, les locaux recommandent souvent de mâcher quelques feuilles de coca ou de consommer régulièrement des infusions de plantes andines pour atténuer les maux de tête.

L'histoire du temple est fascinante : Orlando nous a expliqué qu'il possède trois portes, représentant chacune un vœu spécifique (la santé, l'amour et le travail). Pour respecter la tradition, nous avons effectué trois tours autour de l'édifice, en prenant soin de déposer une offrande (une feuille de coca) devant chaque porte à chaque passage.

S'il est un moment spirituel fort au quotidien, il prend une toute autre ampleur une fois par an. Chaque mois de janvier, l'île célèbre en effet une immense fête rituelle. La population se divise alors en deux : une moitié de l'île monte au sommet du Pachatata, tandis que l'autre moitié gravit le second sommet, le Pachamama, afin d'y déposer d'importantes offrandes à la terre.

Nous sommes restés au sommet jusqu'au coucher du soleil. La vue panoramique sur l'immensité du lac Titicaca est indescriptible. De retour au logement, nous avons pu profiter d'une douche chaude. L'île s'est modernisée et est alimentée par des panneaux solaires depuis environ 4 ou 5 ans. La soirée s'est achevée par des parties de Uno et un repas réconfortant.

Jour 3 : Pêche matinale et immersion dans l'agriculture locale

Le lendemain, après un excellent petit déjeuner, nous descendons au petit port pour embarquer sur la barque d'Orlando. Nous y avons déposé deux filets de pêche, destinés à rester en place jour et nuit.

Petit déjeuner
Orlando sur sa barque
Le petit port proche de la maison

De retour sur la terre ferme, Orlando nous a détaillé le fonctionnement de l'agriculture insulaire. L'île est divisée en quatre secteurs distincts, et la terre est cultivée selon un système de rotation étalé sur trois années. Chaque année, la production tourne sur les différentes parcelles : la première année est dédiée à la pomme de terre, les suivantes à d'autres cultures comme la oca ou le maïs, avant que la terre ne soit laissée au repos. Fait intéressant : ils cultivent principalement pendant les périodes froides.

  • La diversité de la pomme de terre : Nous avons recensé 10 variétés de pommes de terre cultivées rien que sur l'île. Un chiffre impressionnant à notre échelle, bien qu'il ne représente qu'une infime partie des quelques 4 000 variétés existantes à travers le Pérou. Pour faire face aux hivers rudes, ils transforment une partie de leur récolte en chuño (des tubercules déshydratés par le gel nocturne et le soleil diurne), permettant une conservation sur plusieurs années.

  • Le Quinoa : Ils en produisent également en grande quantité.

Il est important de souligner qu'il s'agit d'une agriculture de subsistance : les récoltes ne sont ni exportées ni vendues à l'extérieur. L'élevage suit une logique similaire. Orlando nous a d'ailleurs confié qu'ils ne mangent jamais les poules ni les moutons qui vivent près de leur maison, considérant ces animaux comme des membres à part entière du foyer.

Après avoir confectionné notre propre farine de quinoa et déjeuné, nous avons poursuivi notre apprentissage de la création de bracelets avec Monica. Vers 16h, notre groupe de six s'est mis en route vers le second sommet de l'île : le temple Pachamama, culminant à 4 150 mètres d'altitude. Nous y avons admiré un nouveau coucher de soleil avant de regagner notre hébergement.

Jour 4 : L'heure des au revoir

Le dernier matin, nous sommes allés relever les filets posés la veille, récoltant ainsi 8 petits poissons.

Après un dernier repas, nous avons pu essayer des tenues traditionnelles locales pour quelques photos souvenirs. Au moment du départ, Monica et Orlando nous ont profondément touchés en nous offrant des cadeaux : une petite fleur pour Gilles et des boucles d'oreilles pour Audrey.

Nous avons chargé la moto d'Orlando et effectué le chemin du retour à pied, tous ensemble, jusqu'au port pour embarquer vers Puno.

Amantaní : Économie, histoire et enjeux climatiques

Vivre chez l'habitant nous a permis de mieux appréhender les réalités de l'île. Ses revenus proviennent quasi exclusivement de l'agriculture et du tourisme. Cependant, le réchauffement climatique est un enjeu majeur. Il est aujourd'hui très difficile de pêcher la truite : la modification des températures et la baisse du niveau du lac perturbent l'écosystème marin.

L'île compte près de 4 000 habitants, répartis en 10 communautés. Le fonctionnement y est démocratique : chaque communauté élit un chef chaque année. L'accueil des touristes est organisé selon un système de roulement strict afin d'assurer une répartition équitable des revenus entre les familles.

L'éducation joue un rôle central, avec plusieurs écoles primaires et un collège. Si l'espagnol est enseigné, c'est le Quechua qui est parlé et transmis au sein des familles. Cette particularité linguistique s'explique par l'histoire du lac Titicaca. Contrairement à d'autres îles (comme les îles flottantes des Uros) ou aux régions du sud du lac où l'Aymara prédomine (héritage des civilisations pré-incas), Amantaní a conservé la langue Quechua, imposée lors de l'expansion de l'Empire Inca.

Famille et traditions : le mariage à l'essai

Nos longues discussions autour de la table nous ont également permis d'en apprendre davantage sur les traditions familiales andines, bien différentes des nôtres. Orlando et Monica nous ont expliqué le concept du Sirvinakuy, une coutume ancestrale quechua qui s'apparente à un "mariage à l'essai".

Ici, les couples ne se marient pas précipitamment. Ils s'installent d'abord ensemble pendant plusieurs années pour tester leur compatibilité au quotidien, dans le travail de la terre et la gestion du foyer. Il est très courant d'avoir des enfants bien avant de s'unir officiellement. Si le mariage religieux et civil se fait souvent attendre, c'est aussi pour des raisons économiques. Un mariage andin est un événement monumental qui dure généralement trois jours. C'est toute la communauté qu'il faut nourrir et abreuver au son des orchestres locaux ! Les familles doivent parfois économiser pendant des années pour financer une telle célébration.

Les enfants, quant à eux, grandissent au cœur d'un système très solidaire. Ils sont rapidement intégrés aux tâches quotidiennes, et leur avenir est en grande partie veillé par les padrinos  (les parrains). Ces derniers jouent un rôle social et financier crucial, scellant des liens d'entraide indéfectibles (le compadrazgo) entre les différentes familles de l'île.

💡 Informations pratiques : Que mettre dans son sac pour Amantaní ?

Pour profiter pleinement de cette immersion sans mauvaise surprise, voici les indispensables à prévoir avant d'embarquer :

  • De l'argent liquide : Il n'y a absolument aucun distributeur automatique sur l'île.

  • Des vêtements très chauds : La nuit, les températures chutent drastiquement. Prévoyez des sous-vêtements thermiques (type laine mérinos) et de bonnes polaires.

  • Une lampe frontale : Indispensable si l'on doit se déplacer le soir ou la nuit sur les sentiers non éclairés.

  • De la crème solaire et des lunettes de soleil : À près de 4 000 mètres d'altitude, les UV sont extrêmement puissants en journée.

  • Une gourde filtrante ou des pastilles purifiantes : L'eau courante n'est pas potable pour les voyageurs.

Bilan : Une expérience humaine inoubliable

Nous avons été conquis par cette immersion familiale. Nous nous sommes particulièrement attachés à Yoseph, le fils d'Orlando et Monica (bientôt 5 ans), avec qui nous avons partagé de nombreux moments de jeu. La maison accueille également deux chats et un jeune mouton nommé Rocky (en référence à Rocky Balboa).

Une mention spéciale doit être accordée à Monica, dont les talents culinaires ont fait de chaque repas un véritable moment de plaisir. Sans oublier la délicieuse infusion à la Muña fraîche (parfaite pour la digestion et l'altitude) que nous avons découverte chez eux, incontestablement la meilleure de notre séjour.

Nous repartons avec de magnifiques souvenirs, confortés dans notre choix de nous éloigner des circuits traditionnels pour privilégier cette immersion authentique au cœur du lac Titicaca.

Est-ce que ce type de séjour chez l'habitant, avec une déconnexion totale au milieu du lac Titicaca, est une expérience qui vous tenterait ?

N'hésitez pas à nous laisser un commentaire, nous serons ravis de vous lire et de vous répondre !

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Commentaires (2)

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IL

Isabelle Lecomte

Merci beaucoup pour ce récit, ces belles photos et le partage de votre séjour chez l'habitant. 🥰🥰

4P

4 pieds sur terre

AUTEUR

Avec plaisir 😊